Les écoliers

 

Nombreux sont les santonniers à représenter depuis quelques années, cette petite fille est de l'atelier Fouque.

Il est vrai que dans notre imaginaire collectif, nos ancêtres allaient à l'école pour tenter de décrocher le fameux certificat d'études.

Cette notion d'éducation obligatoire et pour tous est cependant très récente.

 

Petite histoire de l'éducation en France

 

On fait généralement commencer l'histoire de l'enseignement à Charlemange qui comme chacun le sait "a inventé l'école". En fait seules quelques écoles sont créées, elles sont destinées aux enfants des nobles et on y enseigne les sept matières considérées comme indispensables : l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie, la musique, la grammaire, la logique et la rhétorique. Ce sont les mêmes que celles qui étaient enseignées en Grèce et dans l'Empire romain...

 

Au XIIe siècle s'organisent les universités. Elles reprennent dans un premier cycle les matières précédemment cités puis proposent de poursuivre les études au sein de facultés de droit, de médecine ou de théologie.

Mais l'enseignement demeure accessible à un petit nombre. L'université forme les futures élites de l'Eglise et de l'Etat.

 

Ce n'est qu'à partir du XVe siècle que, l'invention de l'imprimerie aidant, l'enseignement se développe. Pour la première fois on organise des classes par niveau et on admet que les maîtres fassent preuvent d'autorité envers les écoliers. Des examens de passage sont organisés. Les bourgeois des ville commencent à prendre l'habitude de faire former leurs enfants dans les collèges tenus par des religieux. Les Jésuites jouent un grand rôle en créant des établissements dans tout le royaume.

Le mouvement ne va aller qu'en s'amplifiant, permettant à de plus en plus d'enfants de recevoir une formation.

 

Dans les campagnes l'Etat encourage la formation de "petites écoles" tenues par les curés ou des laïques qui dispensent les bases de l'éducation, calcul, lecture et écriture. Leur financement repose entièrement sur les familles des élèves et les éventuels donateurs.

 

Les Révolutionnaires ne s'intéressent pas à l'Education dans les premiers temps et le système de l'Ancien-régime perdure. Ce n'est qu'en 1794 qu'ils imposent une école laïque, obligatoire et gratuite. Cependant deux ans plus tard, quand est réellement réorganisée l'école la notion d'obligation disparaît. Très temporairement supprimées, de 1793 à 1794, les universités renaissent tandis que s'organisent les premières Grandes écoles. C'est l'époque de la création de Polytechnique et du Conservatoire National des Arts et Métiers.

 

Bonaparte fonde les lycées en 1802 et réforme l'université. Il crée le baccalauréat mais seule une élite le passe.

 

En 1816, sous Louis XVIII, un comité cantonal de surveillance des écoles est créé. Les enfants doivent désormais recevoir obligatoirement une éducation primaire gratuite.

 

Tout au long du XIXe siècle l'Etat s'efforce d'imposer l'enseignement laïque contre l'enseignement religieux très puissant et développé notamment dans les campagnes. La loi Falloux, en 1850, impose autoritairement la création d'une école de garçons dans toutes les communes et une de filles, pour celles qui peuvent la payer.

Il faut attendre 1867 pour voir apparaître les premiers lycées de jeunes filles.

 

En 1880, avec les lois Ferry, un grand pas est franchi. L'école devient obligatoire, laïque et gratuite. C'est de cette époque que date l'image d'Epinal des écoliers se rendant en bande en cours. Les instituteurs poussent leurs meilleurs élèves permettant pour la première fois à des enfants issus de milieux sociaux modestes de s'élever dans la société. Le certificat d'études totalement organisé en 1882 devient un "sésame" indispensable. Mais l'école n'est encore obligatoire que jusqu'à l'âge de 12 ans et nombreux sont les élèves à abandonner le lendemain même de leur anniversaire.

 

Le système scolaire est amélioré après la 1ère guerre mondiale. Se multiplient les établissements d'enseignement technique.

L'enseignement secondaire devient gratuit en 1933.

En 1936, l'obligation scolaire est portée à 14 ans.

En 1959, ce sera officiellement 16 ans, mais dans les faits cette réforme ne sera totalement appliquée qu'en 1971.

Malgré tout le coût des études supérieures limite encore l'accès des plus modestes aux universités et encore plus aux grandes écoles.

 

Après mai 68, l'université est réformée. Le collège unique pour tous apparaît en 1975 et la mixité s'impose.

Les choses ont peu changé depuis, la multiplication des bourses et aussi du nombre d'établissements permet cependant à davantage d'enfants de poursuivre des études avancées.

L'objectif défini dans les années 80, d'amener 80 % d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat est atteint. Les établissements d'enseignement supérieur accueillent davantage d'élèves mais le constat des sociologues est cependant le même qu'au XIXe siècle, les élites reproduisent les élites. L'accès aux études supérieures n'est pas suffisant pour permettre un véritablement bouleversement de la hiérarchie sociale. La différence se fait souvent sur le fond culturel, acquis facilement dans les milieux favorisés.

 

Il demeure cependant que de nos jours en France tout le monde peut avoir accès à un enseignement gratuit et laïque au moins jusqu'au baccalauréat. Il aura fallu un millénaire pour y parvenir.

 

Les écoliers d'autrefois

 

Les écoliers du XIXe siècle, ceux que représentent les santonniers, connaissaient une école bien différente de la notre.

 

On n'enseigne pas aux filles et aux garçons dans la même classe. Les filles sont formées par des femmes et les garçons par des hommes. Même les épreuves pratiques du certificat d'études sont différentes selon le sexe.

 

Le calendrier scolaire est organisé en fonction des travaux agricoles dans une France alors encore essentiellement rurale. On ne reprend les cours qu'en octobre après les vendanges et ils s'interrompent vers le 14 juillet, avant les moissons. La journée dure 6 heures, 5 jours par semaine. Le jeudi est jour de congé car il est concédé à l'Eglise pour les cours de catéchisme.

Dans les faits, et malgré l'obligation scolaire, les parents gardent souvent les enfants à la maison quand il y a des travaux à réaliser. Dès le printemps les bancs de l'école commencent à se vider.

 

Il n'y a évidemment aucun système de restauration scolaire. On mange dehors le repas qu'on a apporté bien souvent arrosé de vin, plus ou moins allongé d'eau, et de bière selon les régions. Les plus chanceux peuvent réchauffer leur gamelle sur le poêle de la salle de classe en hiver.

 

Les classes sont bien plus nombreuses, on cite couramment des effectifs de 40 à 50 élèves en ville; tandis que dans les communes les plus modestes les élèves sont moins nombreux mais connaissent le système de la "classe unique", tous les niveaux travaillent en même temps dans la même classe avec le même enseignant.

 

Le mobilier scolaire de l'époque, qui est resté en usage jusque dans les années 60 voire 70 dans certaines régions, est bien connu. C'est un pupitre de bois, le banc est attaché à la table et le dessus se soulève pour y ranger quelques livres et cahiers. Le bureau du maître est placé en hauteur sur une estrade pour lui permettre de mieux surveiller. On va jusqu'à blanchir les vitres des fenêtres pour que les écoliers ne soient pas distraits par ce qui se passe dehors.

 

Les classes sont chauffées par un poêle à bois que les élèves sont chargés d'entretenir. Il faut souvent aller chercher le combustible à la mairie, à pied bien sûr.

 

Le matériel d'enseignement est limité, quelques livres que l'école prête aux élèves, des cartes et des affiches qu'on place sur le tableau noir, des objets tels que règle, compas et rapporteur utilisés par l'instituteur. Les élèves possèdent en propre un plumier de bois qui contient un porte-plume, un crayon, une gomme et dans le meilleur des cas un compas et un pinceau.

Les écoliers les plus chanceux disposent donc de cahiers sur lequel ils apprennent à écrire, les moins heureux le font sur des ardoises.

Pour apprendre à compter on utilise des buchettes de bois de différentes couleurs ou des bouliers.

 

Côté vêtements, la blouse est en principe obligatoire, elle le sera longtemps. Elle doit protéger les vêtements trop précieux pour risquer de les abimer. La tenue habituelle de l'écolier est toujours la même, une culotte courte, une blouse, un bérêt et des godillots ou des sabots pour les garçons, auxquels on ajoute une pélerine en hiver, une robe et les mêmes chaussures pour les filles.

 

L'école se préoccupe d'hygiène, on apprend aux élèves les règles de base. On exige des parents que les garçons aient les cheveux à une époque où les épidémies de poux sont encore plus fréquentes que de nos jours...

 

Dans la cour de récréation, on joue à la marelle, aux billes, à saute-mouton, parfois à des jeux de ballon, aux osselets ou à la toupie et quand le temps le permet se déclenchent de mémorables batailles de boule de neige !

Du côté des filles, la marelle a aussi beaucoup de succès, mais elle est concurrencée par la corde et les rondes.

Même quand les écoles sont côte à côte, ce qui est courant pour les écoles primaires construites à partir des années 1880, les cours sont séparées, les filles ne jouent en aucun cas avec les garçons.

 

L'enseignement est celui dont certains se souviennent encore. La journée commence par une leçon de morale, on commente une maxime écrite au tableau, puis s'enchaînent les matières classiques, arithmétique, on dit généralement calcul, grammaire, orthographe, lecture, histoire, géographie, et sciences, dont on apprend les principes. Les garçons qui préparent le certificat d'études ont aussi des cours de travail manuel et les filles des cours de couture.

Tous ont des cours de dessin, de sport et de... chant !

 

Tout un système de récompenses est mis en place pour encourager les élèves. On reçoit des bon points, des images et même pour les meilleurs des croix d'honneur voire le suprême honneur un livre lors de la distribution des prix qui donne chaque année l'occasion d'organiser une grande cérémonie.

Pour les moins bons, ou les moins disciplinés, existent en pendant le bonnet d'âne, mais aussi les sanctions corporelles, coups de règle ou de martinet.

 

Cette organisation est restée sensiblement la même jusque dans les années 50, c'est le mouvement de modernisation initié par mai 68 qui va bouleverser l'école et en faire celle que nous connaissons aujourd'hui.



20/10/2011
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